Gène écartable (1)

Publié le par Mélisande


Oui oui, je sais, j'ai dit que je revenais et je ne reviens pas........... me croira-t-on encore quand je dirai que je passerai sur vos blogs? Aujourd'hui c'est encore une journée chargée, mais promis je vais faire un petit effort pour vous dire coucou, quand même, ça fait longtemps là... honte sur moi.

Bon mais sinon, pour alimenter ce malheureux blog, j'hésitais entre poster des poèmes un peu anciens, raconter toute ma vie, ou bien publier par petits bouts une nouvelle. J'opte pour la dernière solution, même si j'ai un peu d'appréhension...

Comment dire? J'ai le projet d'écrire un recueil de nouvelles contre-utopistes, dont les histoires se passeront dans un futur plus ou moins proche, et seront, euh, pessimistes dira-t-on...

Voici la seule nouvelle achevée, et je ne suis pas contente du résultat (mauvaise narration, développement de l'intrigue bancal, scénario fumeux.......), m'enfin, je publie quand même...
Comme cela se passe dans une société future, les gens ne s'expriment pas forcément comme nous: de nouveaux mots sont apparus, néologismes, anglicismes, "nipponicismes", "saxonnicismes", verlan... et de nouveaux points de vue sont nés... mais normalement (je dis normalement), on devrait pouvoir comprendre dans l'ensemble de quoi ça parle! Au pire, je ferai un petit lexique! ^^

Donc première partie de la nouvelle "Gène écartable".

Gêne écartable

 

 

- Hey, Miggie, tu m’entends?

- Gné?

- Rah, toujours la céphale dans Saturne, hein?

Miggie s’ébroua tout en grognant au-dessus de son classeur, puis leva le nez en direction de son ami Patz.

- Navré d’avoir un dossier à rendre à mon chef sur les pourcentages de néo biocarburants achetés ce mois-ci par la boîte et ayant un rendement de plus de 80% hors taxe dumpo-libérale sur tout engin confondu.

- Oh, mes condoléances, ironisa Patz. Mais tu préfères exploser ton « siège de la conscience, de la pensée, de la mémoire et du contrôle de toutes les fonctions de l'organisme » en travaillant sur cette philo ou bien exploser « tes organes de l’audition » en m’écoutant raconter les dernières avancées scientifiques?

Le jeune homme repoussa d’une main son travail et des feuilles volantes tombèrent du bureau. Patz releva un sourcil.

- Mon pauvre « homme d’un âge avancé », comment arrives-tu à travailler sur une « table d’arbeit pouvant être munie de tiroirs »? Alors que rien ne vaut un bon do-all.

- Et le vieux te rétorque que rien ne vaut un bureau par rapport à un compiuta multifonctions. Et il aimerait aussi que tu arrêtes de parler selon la mode fun-périphrasistic, car il ne connaît rien de plus agaçant.

- Tu sais quoi? Tu es une « personne à l’ouverture d’esprit diminuée qui s'oppose à tout changement dans le système social ou politique ».

- Ouais. Un con de réac’, quoi. Bon écoute, comme tu es venu ici et que je t’ai laissé entrer, parlons normalement et amicalement, d’accord? J’en ai marre de me prendre la céphale avec ces dossiers de philo, et j’ai pas envie de me la prendre avec toi.

Patz eut un drôle de regard. Il aimait être en compagnie de Miggie, mais son ami avait des tendances vraiment trop immobilistes. Ultra-immobilistes même. Assez déroutant. Il décida cependant, dans son immense bonté, de faire part des dernières modes dont il avait entendu parler.

- Tu sais, les maîtres scientarques ont généreusement décidé de popoliser l’un de leur plus précieux secret. Avant, ce n’était réservé qu’à des sidérastes élus, mais maintenant, c’est abordable pour tous, enfin, pour tous ceux qui sont overclassés comme nous. Cela s’appelle la métagénétique esthétique.

Miggie fronça les sourcils: il avait toujours eu une profonde aversion envers la scientarchie. Cette science toute-puissante, élitiste et vénale choquait son éthique. Mais le mot «éthique » avait disparu depuis longtemps des dictionnaires officiels. Quand cette caste proposait « généreusement » son savoir, il valait mieux s’en méfier comme de la biothanasie.

- Et qu’ont-ils ont trouvé, tes scientailleurs?

- Ils savent désormais maîtriser les gènes liés aux caractères physiques. Bien sûr, ils ne peuvent pas changer ta taille, mais ils arrivent à modifier les détails comme la forme du nez, des joues, de la bouche, des yeux, des oreilles, et même la couleur naturelle des cheveux et des yeux. Incredible, ne?

- Mes cojonardes! Il suffit d’aller voir un docteur en chirurgie esthétique et l’opération est jouée!

- Sois moins vulgaire, inteso? La chirurgie esthétique ne modifie que l’extérieur, la métagénétique modifie l’ADN même, et les changements n’en sont que meilleurs. L’opération dure cinq heures, et il n’y a aucun dérangement post-operationem, alors qu’avec l’esthétique, il y a des blues et des coutures.

- Mais il est impossible de muter de la sorte! Et de façon contrôlée encore moins!

- Eh bien c’est possible: zi evidence par y.

- Et l’intérêt dans tout ça, tu le vois mon kodomo?

- « Plus de rapidité, moins de douleur, c’est la recette de notre bonheur», récita Patz, se souvenant d’un précepte enseigné dans son pédo-home.

- Moi je te dis « pas reconnu, pas pris », répliqua Miggie. Tu ne te rends pas compte de la monstruosité de cette opération. Non seulement elle va à l’encontre des règles de la nature, mais à l’encontre de toute éthique! Les meurtriers n’auront qu’à se faire modifier leur ADN, et plus jamais les forces cosmiques ne pourront les retrouver!

- Les what? s’exclama Patz, qui par moments n’arrivait pas à suivre le vocabulaire vétuste de son ami. Les meurtriers? C’est…

- Ceux qui tuent.

Patz resta un instant stupéfait, puis explosa de rire.

- Qu’est-ce que tu es funny, toi!

- C’était un simple exemple. Je pourrais parler de certains kosars aussi. Essaye de comprendre mon raisonnement…

Une heure après, Patz s’en allait, sans avoir réellement compris les propos de Miggie. Ce dernier avait d’ailleurs tout de suite lâché l’affaire. Il n’était pas comme les autres, lui avait reçu une éducation dite XX-trem old, et cela le coupait de tout. Il ne s’adaptait pas à cette société. Quelque chose le gênait, et il ne se sentait pas à sa place. Même ce dossier qui devait être rédigé par lui semblait avoir été destiné à un autre. Il se rendit compte que l’heure de son rendez-vous avec Wilevia approchait à grands pas. Il repoussa toute sa paperasse et commença à se préparer.

 

* * *

 

Comme d’habitude, les rues étaient bondées. Miggie ne put repérer Wilevia que grâce au signal GPS qu’émettait le collier qu’elle portait. Quand ils se retrouvèrent, la jeune femme sauta au cou de son éron et envoya malencontreusement son pied dans le dos de quelques personnes qui ne respectaient pas l’espace vital des amoureux.

- Chisai Mi-chan, tu m’as manqué…

- Nous nous sommes vus il y a deux jours, Wil’…

- Tu sais bien qu’il suffit seulement d’une minouta pour que je perde patience. Allez, viens, j’ai trouvé un merveilleux risutoranto. Nihon.

- Ça me convient.

- Great! Ikkô, mon éron préféré!

Le restaurant japonais se trouvait à dix minutes de leur point de rendez-vous. Ils agissaient toujours ainsi, histoire de s’ouvrir l’appétit et la conversation en marchant, et de repérer les boutiques inconnues qu’ils visiteraient après le repas.

- Et comment tu le vois, ce niou jean limandus?

- Euh… c’est plat.

- Ben ouais, le plat revient à la mode, tu savais pas?

- La mode curvy-curly n’est plus de mise?

- De what?

- Curvy-curly n’est plus à la mode? Pourtant en ce moment ils font une overpub sur ça…

- Mais naaaaan! C’est justement pour vider leurs stocks tout ça! Trust me, le limandus c’est le fioutioure.

Le repas fut très agréable et Miggie apprécia beaucoup ce moment. Il se trouvait à son aise avec Wilevia, qui comme lui était une marginale, bien qu’elle cédât et participât à ce qu’il appelait « la destruction de la langue française » ou l’overcrash du céfran. Après avoir payé, le couple se rendit à nouveau devant la boutique où le limandus avait été aperçu. Alors que Wilevia bavait sur la vitrine, Miggie regardait les allées goudronnées tout en ruminant des pensées de mécontentement. Avec tous les progrès qu’avait fait la Science, ils n’avaient toujours pas inventé la voiture volante, quoique, cela valait mieux quand on voyait l’irresponsabilité des conducteurs. Mais, franchement, ne pourrait-on pas utiliser autre chose que ce pétrole qui pollue et qui pue? La seule chose rassurante, c’est que bientôt on n’aura plus cet or noir maudit.

Ainsi pensait Miggie, et les voitures passaient sous son nez, l’enveloppant parfois d’un nuage transparent mais asphyxiant. Le jeune homme observait distraitement chaque véhicule et chaque passant, sans pour autant y penser réellement. Tout à coup, une sorte de pressentiment lui fit tourner la tête et poser les yeux sur un piéton qui s’approchait dangereusement d’une voiture. Ou plutôt, la voiture se rapprochait dangereusement du piéton. Miggie eut le temps de voir la scène au ralenti, le piéton qui avait traversé une seconde trop tard, le véhicule qui roulait un cran trop vite. Puis le choc.

Miggie vit la marionnette voler sans ailes et la voiture faire gémir ses pneus sous le coup de la culpabilité. Le pantin retomba sur le sol, roula et arrêta sa course. Miggie accourut, tout en sachant qu’il ne devait pas voir ce qu’il s’apprêtait à voir. Mais poussé par une curiosité inconnue, il s’approcha, et découvrit un corps désarticulé, souillé par un liquide rouge. Ce liquide rouge, il le savait, c’était du sang. Tous les enfants l’apprennent à l’école. Mais tous les adultes n’ont pas forcément vu du sang en vrai, ni en faux d’ailleurs. Cette vision troubla Miggie. Il avait eu le temps de dévisager le passant avant le choc, et il comparait le visage défiguré à ce qu’il avait aperçu trois secondes auparavant.

Le rouge était insoutenable. Il était fascinant de voir comme la douleur et la plaie (était-ce bien ainsi que l’on disait lorsqu’on parlait d’une coulée de rouge?) changeaient la face. Miggie s’écarta brusquement. Il n’aurait pas dû. Pas dû s’approcher, la curiosité est malsaine. Pas dû voir, car le sang c’est malsain. Tout le monde le sait. Le sang c’est la violence. La violence c’est mal. Mal car violent. Violent donc écorchure donc sang donc mal donc violence. Mal. Le passant a mal. La voiture lui a fait du mal. La vision a fait du mal à lui. Au passant. À Miggie. À ceux qui voient. Ne pas voir. La voiture est mauvaise, le sang est mauvais, la violence est…

- Oh, Götter! Miggie boy, comment tu vas? T’as looké, dis, t’as looké?

La voix claire de Wilevia le sortit de ses pensées ténébreuses. Il s’était évanoui. Il avait fait abstraction de son environnement, et avait fait la connaissance avec le sang. Il savait à quoi servait et ressemblait théoriquement le sang, il savait où était le sang, mais jamais il n’avait vu ce qu’était le sang. Il regarda autour de lui et vit des sauveteurs emporter le corps. Les gens témoins de la scène semblaient comme lui, hagards et choqués.

Wilevia, elle, avait fermé les yeux dès qu’elle avait compris ce qui allait se passer. En aveugle, elle aida donc Miggie à se relever et interpella les secouristes. Ceux-ci arrivèrent et prirent en charge le jeune homme. Miggie entendit vaguement parler de cellule de soutien psychologique avant de retomber dans l’inconscience.

***


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U
Allez ma belle, une petit coucou pour nous dire que tout va bien..Bisous étoilés
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L
une écriture détonante Mélisande, tu as en toi les gènes de l'écrivain née....contente de te relire , même si pour cette lecture là je dois avoirs recours à un lexique philosophique...lolbon courage pour ton bac, tu l'auras haut la main, je n'en doute point...tendresse  lilie
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G
Maître Mélisande,Pas trop la tête à la lecture en ce moment, désolé. Pourtant, ton récit parait bien malgré ce que tu en dis. Peux-tu m'envoyer l'intégralité du texte que je le commente à tête reposée.@miTiés
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D
Tu nous as manqué, Mélisande. Mais d'abord, travaille pour ton bac ! Bon week-end, bien amicalement.
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