Gène écartable (3)

Publié le par Mélisande

Eh oui, des mises à jours bien espacées, tout comme mes visites... encore un peu débordée en ce moment! Mais voilà la suite.....

Les autres parties consultables: Partie I
                                                        Partie II

Le jeune homme se rendit donc le lendemain de mauvaise grâce au Centre. On l’accueillit et on le mena dans une salle où trônait un immense écran. Des scientarques l’attendaient, et Stellina était parmi eux. On l’invita à s’installer dans un fauteuil et on projeta un extrait de film: une femme, visiblement apeurée, s’approchait d’une fille assise sur une chaise, immobile. Elle toucha l’épaule de la fille, et la tête de celle-ci tomba. La femme sursauta et hurla, mais le son fut couvert par le cri de Miggie.

- Mais vous êtes malades! Qu’est-ce que c’est que cette horreur?

Il voulut se lever et partir, mais des hommes le forcèrent à rester sur son fauteuil. Il entendit la voix de Stellina. « Vous devez coopérer, monsieur Vina. Vous devez voir des scènes de violence. » Il se débattit inutilement. Pendant une heure, il fut contraint à voir des corps blessés, des gens frappés par d’autres, des effusions de sang. Quand on le laissa enfin rentrer chez lui, il était dans un état nauséeux. Personne n’avait voulu lui expliquer pourquoi on l’avait forcé à regarder.

 

* * *

 

La nuit fut monstrueuse. Miggie ne cessait de revoir la tête coupée qui tombait. Qui tombait. Qui tombait. Qui tombait. Si absurde. Si bizarre. Puis les autres images. Du sang. Encore du sang. Il finit par s’endormir et oublia ses tourments pendant quelques heures. Mais il dut se réveiller, après un sommeil trop court à son goût. Miggie se sentait pris dans un engrenage incompréhensible et fatal. Pourquoi lui avoir fait voir ces images? On lui avait intimé de venir tous les jours à la même heure. Allait-il devoir visionner à nouveau ces… choses? Il y était obligé. Il se sentit tout à coup vide. Il ne voulait voir personne. Le jeune homme s’affala dans son canapé et réfléchit.

Ce n’était pas le sang en lui-même qui le perturbait. D’ailleurs, un jour ou l’autre, il aurait été bien obligé d’en voir un peu, comme tout le monde. Mais la façon dont c’était présenté... Horrifiant… et fascinant. Il n’y avait pas d’autres façons pour qualifier cela. Miggie ne pouvait s’empêcher d’y penser. À cela. Puis il dut se rendre au centre.

Les scientarques le firent s’asseoir. Et les images défilèrent. Des jeunes en blanc qui pour le plaisir agressaient une femme sous les yeux de son mari, ainsi qu’un vieux clochard alcoolique dans la rue. Des guerriers qui se battaient. Les membres volaient, le sang jaillissait. Miggie supporta sans broncher. Il rentra chez lui. Et il se précipita aux toilettes pour vomir. Il se sentait misérable. Et impuissant. On le torturait. Mais il ne pouvait pas résister: les scientarques avaient tous les pouvoirs, et si jamais il cherchait à s’enfuir, on le retrouverait grâce aux traces ADN qu’il laisserait sur son passage: chaque bâtiment du pays enregistrait génétiquement tout individu qui y entrait. La nuit fut hantée par des images morbides. Le lendemain vint. De nouvelles images. Encore une nuit tourmentée.

 

* * *

 

Les jours passaient, tous pareils. La seule différence subsistait dans les films, dont la violence croissait. Une guerrière qui trucidait au sabre des dizaines de combattants. Des scènes de torture. Et petit à petit, Miggie se rendit compte qu’il n’était plus aussi choqué qu’avant. Les images passaient, toutes semblables, et devenaient presque ennuyeuses. Le jeune homme se surprit même une fois à réclamer inconsciemment plus de sadisme lors d’un visionnage de torture. Les scènes de combat devenaient excitantes et faisaient battre plus vite son cœur. Quand il rentrait, il repensait à ce qu’il avait vu, et était de moins en moins dégoûté. Néanmoins, il finit par s’inquiéter de cette évolution, et craignit que son esprit ne se lassât de l’image, et réclamât des actes réels. De plus, il n’arrivait plus à se concentrer sur autre chose que sur la violence.

D’ailleurs, il n’y avait plus rien d’autre dans sa vie: ce qui lui arrivait lui avait fait perdre l’envie de voir quiconque. Il n’invitait plus personne, déclinait les demandes de Wilevia, et se contentait parfois d’une morne conversation téléphonique. Il expliquait à ses proches qui s’inquiétaient que ce n’était qu’une mauvaise passe. « Très mauvaise », pensait-il pour lui-même. Allait-il devenir fou? Il était aussi effrayé par une réaction qu‘il avait eue au cours d’un visionnage: il avait vu une fille se faire égorger, et tout de suite son esprit avait assimilé le visage de la victime à celui de Wilevia. Miggie se sentait dégoûté d’une telle pensée et s’était renforcé dans l’idée qu’il ne devait plus voir celle qu’il aimait.

La situation était intenable. Aussi, malgré son appréhension, il se résolut à voir Stellina. Celle-ci lui avait en effet conseillé de se rendre chez elle si jamais il souhaitait parler de ce qui lui arrivait.

 

* * *

 

- Depuis que vous me torturez, je suis obnubilé par des visions d’horreur.

Assise dans son fauteuil, en face d’un Miggie qui tenait en tremblant un thé au soja, Stellina eut du mal à cacher une expression de satisfaction. Elle répondit sur un ton posé qu’elle voulait probablement rassurant:

- Cela est tout à fait normal. Cela fait partie du processus.

- Vous savez, je vais finir par devenir réellement dangereux.

- Mais c’est le but, monsieur Vina.

Miggie la regarda avec stupéfaction.

- Je croyais que vous deviez prévenir la violence, et non la déclencher!

- Nous devons prévenir, certes, mais dans votre cas, vous êtes condamné. Vous êtes déterminé à être violent, vous avez en vous une soif de sang latente qui a été gravement excitée depuis… l’accident. Or, nous ne pouvons nous permettre d’attendre que vous craquiez à vos impulsions, commettant l’irréparable.

- Si je suis un meurtrier né, emprisonnez-moi dans ce cas!

- Impossible, car vous êtes innocent pour l’instant, et la justice n’emprisonne pas les innocents. C’est pour cela que nous voulons déclencher la violence de façon contrôlée. Dès que vous aurez des envies de meurtres, nous effectuerons des tests, et si vous êtes diagnostiqué potentiellement dangereux, nous vous internerons.

- Mais… c’est complètement absurde!

- Totalement logique, au contraire. Réfléchissez-y, monsieur Vina.

Stellina sourit à la vue de l’air désespéré de Miggie, puis se leva.

- Nous allons continuer les séances. Je sais que vous êtes un homme raisonnable qui suit à la lettre les ordres du gouvernement. Aussi, dès que vous sentirez des pulsions de violence, venez m’en parler chez moi. Et maintenant veuillez partir. Je crois que vous trouverez la sortie tout seul. Nous nous verrons à la prochaine séance. Vous savez naturellement que vous ne pouvez pas fuir. Je suis vos déplacements à chaque instant grâce à mon GPTG. Si vous tentez quoi que ce soit de suspicieux, j’appelle les forces du cosmos.

Et Miggie dut rentrer chez lui, complètement perdu. Cette fois, il en était sur: il était piégé dans un terrifiant engrenage, et il n’y avait aucun espoir d’en sortir.

 

* * *

 

- C’est vrai que tu n’arbeites plus en ce moment?

Miggie soupira en secouant la tête. Il regarda Wilevia qui venait de l’interroger, assise en face de lui. Elle l’avait forcé à la faire entrer chez lui, sous peine d’incessants appels téléphoniques et d’assourdissants coups frappés contre la porte d’entrée. Miggie se sentait mal à l’aise, tout en étant apaisé par cette présence plus qu’adorée.

- C’est vrai. Et je n’y peux vraiment rien.

- Mais pourquoi, Miggie-chan? Tu l’aimais bien pourtant, ton arbeit!

Le jeune homme regarda Wilevia d’un air si désespéré que celle-ci en frémit.

- Je ne peux pas travailler. Des tests médicaux. Je ne peux rien te dire.

Le jeune homme avait une mine si abattue que Wilevia fut prise d’un élan de compassion, et elle l’enlaça. Miggie plongea son nez dans la chevelure noire, et entoura de ses bras la taille fine. Tout à coup, il prit conscience de ce corps frêle qu’il étreignait, si facile à briser. Il se rappela l’image de la fille égorgée vue l’autre jour, et voilà que celle-ci ne ressemblait plus à Wilevia, non, elle était Wilevia! Et le meurtrier n’était autre que lui! Effrayé, il repoussa violemment celle qu’il aimait.

- Schöne, qu’est-ce qui te prend?

Miggie arbora une expression froide et dure.

- Pars. Dégage. Tu ne dois pas rester auprès de moi. On n’est plus ensemble.

En entendant un ton de voix qu’elle ne reconnaissait pas, Wilevia écarquilla les yeux.

- What? C’est un joke, j’espère?

- Non! Pitié, Wil’, pars, je suis dangereux, je peux te faire du mal!

Il n’arrivait pas à se montrer cruel et insensible. Son expression était désormais désespérée et suppliante. Wilevia voulut profiter de cette faiblesse.

- Nein! Tu m’expliques ce que tu as d’abord, je veux comprendre!

Ne se sentant pas la force ni le courage de tout expliquer, Miggie la prit par le bras, la traîna sans un mot jusqu’à sa porte, puis la poussa sur le perron malgré ses protestations. Face à un regard chargé de reproches et d’incompréhension, il tenta de se justifier.

- Je suis mauvais. Tu te trouveras bien un autre Miggie, en mieux, c’est ce que je te souhaite.

Elle niait frénétiquement de la tête, éberluée.

- What Hölle! Mais qu’est-ce que j’ai pu faire pour…

Il intervint immédiatement.

- Une chose est sûre, Wil’. Tu n’as rien à te reprocher. Et c’est malgré moi que je te quitte. Adieu, ma chérie.

Il referma brutalement la porte sur Wilevia qui murmurait « Sayonara mon éron… », encore incrédule de ce qui venait de se passer.

 

* * *

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H
Je t'admire, car je ne me sentirai pas le courage d'écrire si longuement... Tu as toute mon admiration. Bises amicales.
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U
J'ai vraiment hâte de lire la 4ème partie ma belle...milles bisous étoilés
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