Gène écartable (4)

Publié le par Mélisande

Après un suspens insoutenable (hum) de cinq jours, voici enfin la fin de la nouvelle! Merci d'avoir daigné la lire! ^^

Les autres parties:
Partie I
Partie II
Partie III


- Bonjour, c’est Miggie. Ce que je vais te dire va ressembler à une farce de très mauvais goût, mais c’est malheureusement la vérité. Je vais devoir partir. J’ai cessé de travailler, je vais laisser mon appartement. Nous ne nous reverrons plus. Cela n’a rien avoir avec toi, je coupe contact avec tous ceux que je connais. Ne cherche pas les raisons, mais sache qu’elle sont indépendantes de ma volonté. Et ne me cherche pas. Miggarion Vina n’existe plus désormais. Adieu donc, et pardonne-moi pour cet acte. Je ne t’oublierai pas.

Miggie appela toutes les personnes qu’il avait dans ses contacts et laissa à chaque fois un message de ce genre. À chaque appel, il avait l’impression de démolir un peu plus sa vie. Et c’était ce qu’il faisait. Mais il le fallait. Il ne devait plus voir personne, il devait couper les ponts définitivement avec son entourage. Cela devenait trop dangereux. De toute façon, tôt ou tard il aurait dû disparaître. Autant faire croire à une disparition mystérieuse plutôt que de laisser le souvenir d’un homme sympathique jeté dans un asile de meurtriers. Personne ne l’accompagnerait dans sa misère.

Il jeta son téléphone, barricada ses fenêtres et n’ouvrit la porte à plus personne. Quand il entendait des voix de ses proches l’appeler et le supplier derrière la porte, il se bouchait les oreilles et faisait le mort. Tout était fini. Il n’allait plus les revoir.

Il ne sortit dès lors plus que pour se rendre au centre. Finalement c’était son seul réconfort. Miggie fit part à Stellina de ce qu’il avait fait. La scientarque accueillit la nouvelle avec joie. « C’est très bien, monsieur Vina. Vous êtes coopératif et vous nous facilitez grandement la tâche. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre que la pulsion se déclenche. Venez me voir chez moi quand vous ressentirez des élans d’agressivité, et je vous emmènerez faire des tests. À la prochaine fois, monsieur Vina. »

Le jeune homme se sentit soudain horrifié. Il avait été entraîné dans une spirale infernale, il était désormais perdu.

 

* * *

 

Que faire à présent? Plus de travail, plus de famille, plus d’amis. Des visions affreuses le hantaient, bientôt on allait l’exiler de la société et l’enfermer dans un lieu pour gens violents - ce qu’il n’était pas, ou plutôt ce qu’il ne voulait pas être. Pourquoi était-il destiné à être violent? Il se faisait peur à lui-même. Sa pauvre mère devait se retourner dans sa tombe. Elle aurait dû le supprimer. Mais elle ne l’avait pas fait. Pourquoi? Avait-elle eu confiance en la force de caractère de son fils?

Miggie sentit soudain quelque chose s’éclaircir en lui. Il s’accrocha au souvenir de sa mère. Elle lui avait déjà parlé des théories de bébés soi-disant programmés, sans jamais lui dire que lui-même avait été diagnostiqué futur meurtrier. Elle ne croyait pas en cette prédestination. Que disait-elle déjà? Que l’on ne choisissait pas sa situation initiale, celle dans laquelle on atterrissait en venant au monde, mais que l’on pouvait choisir ses actes. Et que c’était le choix de ces actes qui déterminait ce que l’on était.

Voila pourquoi elle n’avait pas supprimé son enfant. Elle avait eu confiance en son fils, oui, elle savait que son fils, si jamais il était confronté à d’éventuelles pulsions, saurait faire le bon choix. Miggie s’en voulut d’avoir un instant oublié ces enseignements. S’il devait un jour être violent, ce serait par sa volonté, et non par une soi-disant programmation génétique.

Il se souvint encore d’un détail. Sa mère ne lui faisait jamais prendre de médicaments préventifs, contrairement à la plupart des autres mères. Elle affirmait qu’empêcher un enfant d’être en contact avec la maladie, c’était certes le protéger, mais aussi signer son arrêt de mort, car le jour où il tomberait malade malgré toutes ses protections, il ne pourrait lutter contre quelque chose qu’il n’avait jamais connue.

Miggie eut un choc. Tout était clair. S’il était obnubilé par la violence, c’était parce qu’il n’y avait jamais été confronté auparavant. Il n’avait pas appris à lutter contre d’éventuelles pulsions. Il était sans défense contre cette sorte de maladie dont il était maintenant infecté. Mais il allait lutter. Il allait faire face et agir.

Jusque là, il s’était laissé guider. Mais désormais, il allait choisir ce qu’il allait faire, et il allait se libérer. Il décida de voir une dernière fois Stellina.

 

* * *

 

- Et voilà, votre nouvel ADN est sur le point d’être fiché dans la banque des données génétiques mondiales. Tout est en cosmos. Nous allons aussi imprimer vos papiers. Votre nouveau nom s’il vous plaît?

L’assistant du Docteur Idioncrate, chirurgien en métagénétique esthétique, regardait par-dessus l’écran de son do-all le client qui venait de se faire opérer. Celui-ci réfléchit avant de décliner sa nouvelle identité.

- Bani Micherio. Oui, je pense que ce nom est bien.

- Comme vous voudrez, monsieur Bani. En ce qui concerne les données familiales et professionnelles?

Il y eut encore un temps de réflexion. Miggie se regardait dans un miroir et cherchait en vain à se reconnaître. Il répondit enfin à la demande de l’assistant.

- Dites que je suis un enfant abandonné et trouvé à New Buenos Aires. Que j’ai vécu jusqu’à ma majorité dans le Centre Vasco. Toujours en recherche d’emploi. Pas de logement fixe dans l’immédiat mais cela ne saurait tarder.

- Comme vous voudrez, monsieur Bani.

Miggie était tout de même inquiet. Cela semblait trop simple.

- Mais je me demande, pour le Centre…

- Ne vous inquiétez pas, vous avez choisi un tarif suffisamment cher pour que l’on puisse vous payer un passé d’études dans cet endroit. Je vais m’en occuper, demain vous serez inscrit dans la liste des anciens pensionnaires de l’établissement.

- Merci infiniment.

- Je ne fais que mon métier, monsieur Bani.

- Dois-je vous donner encore d’autres informations?

- Bien sûr, puisque nous devons tout changer. Mais pour l’instant, trouvez-vous un lieu de résidence. Une fois installé, nous pourrons effectuer les dernières démarches qui vous inséreront totalement dans votre nouvelle vie.

- Tout sera en ordre?

- Ne vous en faites pas, nous allons tout faire pour que vous ayez officiellement un passé cohérent. Chaque document sera modifié. Vous savez, ce n’est pas pour rien que nous vous faisons payer si cher une modification intégrale d’identité…

Miggie voulut maudire intérieurement cette société aussi corrompue, mais dut se rendre à l’évidence que dans cette situation, l’argent l’arrangeait bien. Il s’assura d’une chose encore.

- Et… de mon ancien passé…

- Plus aucune trace.

- Les traces ADN…

- Certes, vos passages dans les bâtiments seront les seuls résidus de ce que vous étiez, mais ce sera tout. Notre centre est l’un des rares bâtiments à ne pas recenser les ADN des clients à l’entrée, spécialement pour protéger leur identité. Personne ne saura que vous y êtes entré et sorti. Et comme une partie de votre ADN est désormais changée…

- Y a-t-il une possibilité de faire le lien entre mon ancienne et ma nouvelle identité?

- Absolument aucune. Nous n’avons entré aucune donnée sur vous. On ne saura qui vous avez réellement été que si vous vous voulez bien le dire.

Le jeune homme poussa un long soupir de soulagement. L’assistant ne put s’empêcher de relever cela.

- Vous voulez vraiment faire une croix sur votre passé, vous…

Miggie haussa les épaules et lança un mensonge sur un ton à la fois badin et désespéré:

- Que voulez-vous, une femme qui a les moyens de me retrouver en suivant mes traces ADN me veut. Une ultra-immobiliste, ancrée dans la culture du mariage.

- Avec votre nouvelle identité, tout ceci ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

- Non mais vous vous rendez compte? Le mariage, carrément… avec les promesses de fidélité et tout et tout!

L’assistant fit un signe de tête pour montrer qu’il comprenait parfaitement et frissonna. Ultra-immobiliste. Il n’avait pas eu affaire à des gens de la sorte, mais il en avait tellement entendu parler qu’il avait pu se faire une idée précise à leur sujet. Heureusement, grâce à la métagénétique esthétique, ce client allait être tranquille. Ce domaine tout récent était justement dédié à ce genre de situation délicate.

Personne n’allait pouvoir retrouver sa trace.

 

* * *

 

Miggie se trouvait à présent assis dans le hall d’embarquement, qui allait le mener à l’Harmonia, cet engin magnifique et révolutionnaire, en partance pour New B.A. Il avait été gêné en voyant la photo de son nouveau visage sur son passeport. La science faisait vraiment des miracles. Il perçut une présence et tourna machinalement la tête. Il faillit s’étrangler d’émotion: Wilevia venait de s’asseoir près de lui. Que faisait-elle là? Miggie se rappela alors que la jeune femme adorait New Buenos Aires et comptait s’y installer un jour. Peut-être que leur séparation l’avait décidée à accomplir ce désir? Elle sentit le regard qu’il posait sur elle et le regarda, sans le reconnaître bien entendu. Elle lui lança un sourire gêné puis fixa un point invisible devant elle, attendant l’heure de départ. Le moment d’entrer dans l’avion vint, et Miggie eut la surprise de se retrouver à nouveau à côté de Wilevia. Elle ne le remarqua pas et regardait pensivement par le hublot. Miggie prit son courage à deux mains et lui adressa la parole:

- Qu’est-ce qui vous rend si triste?

Wilevia sursauta, puis répondit d’un ton amer:

- Cela se voit donc tant que ça?

Évidemment que non, ma chère Wil’, pensa Miggie, mais je te connais si bien que je le sais quand tu es malheureuse.

- J’ai le don de sentir la tristesse des gens. La votre est palpable.

- C’est que… bah, je peux bien vous le dire: mon éron m’a chassée et a complètement disparu de la circulation, même sa famille n’a plus de nouvelles.

- Ah… désolé…

- En plus, il était bizarre… il m’a dit qu’il était dangereux, alors qu’il est incapable de faire du mal à une carotte! Et il m’a quasiment ordonné de me trouver un autre éron. Plutôt odd, non?

- Il devait avoir de bonnes raisons de faire cela…

- Peut-être… pourquoi ai-je cet horrible pressentiment que je ne le reverrai plus? C’est triste, j’étais très attachée à lui en plus.

Miggie sentit son cœur se serrer, mais dut se faire une raison: Miggarion Vina était mort à tout jamais. Il se présenta donc sous son nouveau nom.

- Moi, c’est Micherio. On m’appelle Michie.

Wilevia cligna des yeux, assez étonnée de la ressemblance entre le surnom de cet homme et celui de son ex-éron.

- Je m’appelle Wilevia. Enchantée.

Comme elle ne se montrait pas très enjouée, Miggie sortit son lecteur mp7 et écouta des vieilles chansons. Il monta le volume suffisamment fort pour faire entendre à sa voisine certaines harmonies qui piqueraient certainement sa curiosité. La réaction ne se fit pas attendre.

- Vous avez quoi comme musique?

- J’ai… du vieux classique… Mozart, Bach, Debussy… et du récent classique… Hendrix, les Beatles, les Red Hot… vous connaissez?

Le regard de Wilevia s’illumina: « Et comment! J’adore ces artistes! Je suis surprise, je croyais être la dernière avec mon ex-éron, à les apprécier! »

Miggie sourit. Il proposa à Wilevia un écouteur et tous deux plongèrent leur conscience dans la musique. Le jeune homme somnola un peu et ne sentit même pas l’Harmonia décoller. Un cri de sa voisine l’éveilla.

- Qu’il y a-t-il?

Sans un mot, blême, Wilevia tendit le doigt vers l’écran intégré à leur siège. Les nouvelles express défilaient et exposaient la photo de Miggie, côte à côte de celle de Stellina. Le présentateur commentait: « Aujourd’hui, terrible drame au 83ème degré sur l’échelle de la violence: Stellina Orben, une scientarque appréciée de tous et à l’avenir prometteur a été sauvagement tuée. On soupçonne Miggarion Vina, un homme diagnostiqué « voué à la violence », qui désormais est en fuite. C’est la première fois depuis cinquante-trois ans et deux mois qu’un meurtre d’une telle atrocité vient d’être commis. Cela relance le débat sur la légitimité du choix laissé aux parents d’engendrer de pareils monstres… »

Miggie ferma les yeux. Il se rappela son ultime entrevue avec Stellina. Il lui avait annoncé qu’il avait des envies de meurtre, il avait vu son regard triomphant. Mais la jeune femme avait perdu de sa morgue quand Miggie lui avait sauté à la gorge. Il avait mis les mains autour du cou, il avait serré. Il avait senti avec horreur le flux du souffle devenir de plus en plus faible, il avait senti entre ses doigts un frêle gargouillement. Puis il avait vu Stellina arborer une dernière expression de fierté. Il s’était alors penché vers elle.

« Si je vous tue, ce n’est pas parce que c’était programmé dans mon ADN. Ne croyez pas que votre mort vous rend raison, non, je vous tue parce que je veux me débarrasser de la violence. Ce n’est pas de gaieté de cœur, je hais définitivement la violence, mais je dois le faire. Vous m’avez incité à la violence. Vous êtes la violence et je vous hais. Vous m’avez tout pris. Sauf ma liberté de décider de ce que je dois faire ou non. J’ai choisi de tuer ma haine. Après, je ne tuerai plus jamais. Avec vous meurt Miggie, homme malade car trop préservé de la violence. Un autre homme renaîtra par la suite, qui lui saura ce qu’est la violence, qui lui, saura dorénavant lui résister.»

Stellina gardait toujours son expression narquoise. Miggie s’était rendu compte qu’elle était déjà morte. Ensuite, il lui avait tranché la gorge. Il avait d’ailleurs manqué de vomir en voyant le sang s’élever en plusieurs gerbes et gicler contre le mur couleur platine. Mais il était décidé à achever ce qu’il voulait faire. Il avait pris garde à laisser le moins d’indices possibles sur son identité, même s’il savait qu’il serait le premier soupçonné. Il avait aussi détruit ce GPTG qui permettait à Stellina de le localiser grâce à ses traces génétiques. Puis il était parti au centre de métagénétique esthétique pour changer d’identité. Radicalement.

- Je ne sais pas si c’est vraiment lui, mais si c’est lui, je suis sûre qu’il avait une bonne raison de faire ça.

Miggie acquiesça, et se sentit fier de son ex-érona. Wilevia l’avait toujours compris.

- Et si nous faisions un peu plus connaissance, monsieur Michie? Vous savez que vous me rappelez énormément mon ex-éron?

Elle lui souriait à présent. Cet homme, avec ses goûts musicaux, sa façon d’écouter, son surnom, son attitude… Elle avait l’intuition d’avoir trouvé un nouveau Miggie, jamais elle n’aurait cru que cela fût un jour possible, surtout si peu de temps après leur séparation.

Miggie lui rendit son sourire. Machinalement, il essaya de la voir toute ensanglantée. Il ne parvint pas à se représenter l’image, et tout son esprit se révolta à l’idée d’une éventuelle vision de violence. Après quelques tentatives, il dut se rendre à l’évidence qu’il n’arrivait plus à visualiser des scènes morbides.

Miggie se positionna confortablement dans son siège.

Il était guéri.

Tout irait bien désormais.



Et voilà, tout est bien qui finit bien! (Beuh, je suis pas totalement convaincue de ça en fait...)

Les prochaines mises à jour? Je ne sais pas, j'ai encore deux ou trois trucs à peu près publiables, mais après je n'ai aucune idée... le temps me manque, il y a encore des amis blogueurs à qui je n'ai toujours pas rendu visite (argh), et ça fait plus d'une semaine que j'ai fait un petit coucou aux autres (re-argh)...

Et là, la prof de philo qui nous dit: "Désolée si je vais vite, mais vous savez que dans trois semaines... j'espère que vous avancez dans votre programme de révisions..."
Programme de révision? C'est quoi ça?
Trois semaines? Qu'y a-t-il dans trois semaines?

AAAAAAAAAAAAAAAARGH!

Désolée, fallait que ça sorte là. Ouf.

Bon, eh bien, j'espère vous retrouver le plus tôt possible!
Gros bizoux @tous!

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P
<br /> Et bien, quelle plume !!!<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Blogs are so informative where we get lots of information on any topic. Nice job keep it up!!<br /> ______________________<br /> <br /> dissertation editing<br /> <br /> <br />
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D
Bonjour,  merci pour tous ces articles! Kis, Pascal.
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G
Bonjour Mélisande,j'espère que tu vas bien..merci pour ton passage...Peut-être reprendras-tu ton blog?
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T
bon réveillon amitiéstony
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