La Reine des Muses gît dans l’eau
Au milieu des nénuphars
Autour de sa cheville
S’accrochent les algues
Sa chevelure autrefois blonde
Baigne, fauve, dans l’eau calme
Autrefois émeraude
Aujourd’hui vermillon
En guise de bracelet
Elle a une auréole rouge au poignet gauche
Et dans sa main droite encor serrée
Un couteau à présent lavé
Cette malheureuse n’a point raisonné
Ni écouté ses sœurs éplorées
Qui maintenant font son deuil
En maudissant le poète dont elle s’était entichée
Elle avait vu cet homme égoïste
Elle l’avait vu près de la mare où elle se baignait
Elle l’avait vu alors qu’il allait quitter ce monde
Car il n’y trouvait nulle beauté à s’en inspirer
Elle est intervenue
Elle devint sa protectrice
En elle il vit la beauté du monde
Elle devint son inspiratrice
Combien de jours de bonheur
Passa-t-elle avant qu’il ne voulut la décrire
Il chanta les louanges de sa chevelure
Qui aussitôt devint paille
Il écrivit à quel point sa voix était mélodieuse
Mais lorsqu’elle chanta à nouveau
Cette voix si harmonieuse
N’était plus qu’un faible croassement
Ainsi de suite elle perdit ses charmes
Le poète ne trouva plus d’inspiration en sa Muse
Lassé par cette laideur nouvelle
Ce mauvais homme la frappa
Un sentiment nouveau
Alors naquit en l’infortunée
C’était la peur hideuse qui inspira le poète
Effrayé il chassa sa protectrice
Elle fut remplie d’injustice
Elle en inspira son bourreau
Le regret envahit l’homme
Il se mit à sa recherche
Elle s’enfuit dans les plaines vertes
Là ou autrefois elle dansait
Elle s’enfuit dans la forêt
Près de la mare où autrefois l’avait rencontré
Chancelante, elle avança dans l’eau trouble
Son pied s’écorcha sur une pointe de couteau
Celui-là même avec lequel son poète déchu
Voulait mourir
Alors l’idée de reprendre son destin
À partit du sien lui vint
Le sinistre Désespoir surgit
Dans l’esprit du poète inquiet
De sa main droite elle se fit
Un beau bracelet rouge à son poignet gauche
Un vent fit tomber des fleurs de cerisier
On eut dit une jeune mariée
Le sérum de sa vie s’égouttait
Encore et toujours
Elle finit par s’effondrer
Dans cette eau chaude comme la Mort
La complainte est terminée
À présent le poète arrive
Pris de remords il court vers elle
Homme maudit
Un vent fait tomber des fleurs de cerisier
On dirait un jeune marié
Il s’approche trop tard
Elle a déjà rendu l’âme aux nénuphars
Il la prend dans ses bras
Tout à coup elle redevient divine
Dans un instant d’éternité
Elle lui offre un dernier chant d’amour
Puis elle s’évapore
Elle est goutte de rosée
Elle monte chez Zeus son père
Muse, va en paix
La lumière sait pleurer
Elle pleure ton départ, Muse
Elle pleure des étoiles
Mais voila que tu es Étoile
Tu est une étoile d’inspiration
Un instant d’inspiration
Tu es l’instant du Poète
L’Étoile du Poète