L'Inspiration asservie
L’Inspiration asservie
Par certains moments tant redoutés
Mon cerveau est une lourde pierre
Dont nul Michel-Ange ne peut extraire
Ma Muse de marbre emprisonnée
J’erre dans un brouillard
Si épais qu’aucune image rêvée
Ne se voit luire dans le nuage mauvais
Qu’aucun mot inspiré ne brise le silence noir
La volonté violemment réagit
La main empoigne une plume et la penche
Sur une feuille à jamais blanche
Le désir d’écrire par l’inspiration est trahi
Le regard plonge et s'immobilise
Dans cette neige livide et angoissante
Qui par son vide et sa pureté est écoeurante
Le Temps s’épaissit et le brouillard s’enlise.
Mon inspiration fut enchaînée par moi
Je l’ai trop souvent invoquée
C’est moi-même qui l’ai emprisonnée
Elle se venge en ne m’inspirant pas
Alors je lui ôte ses chaînes
Tremblante elle se libère
À peine remise de sa misère
Et le cœur rempli de haine
Mais, peu rancunière
Elle accepte à nouveau de m’aider
À la condition de ne plus être forcée
Car la liberté est sa force primaire