Visage de la Troisième Beauté

Publié le par Mélisande

Visage de la Troisième Beauté

 

 

Tu es belle.

              Ta peau n’a pas eu le destin des pierres,

Qui à chaque siècle sont plus lisses et moins nettes.

Le Temps, en sculpteur consciencieux et coquin,

A creusé la moindre parcelle plate de ton corps,

T’’a gravée dans tes moindres recoins,

Et maintenant tu es toute entière œuvre d’art,

Plus fragile mais plus vivante que la montagne sinueuse,

Désert humain et comblé.

              Mon regard, alpiniste amoureux de tes reliefs,

T’’escalade, admire tes ravins et fossés,

Chacun racontant un jour de ta vie,

Chacun témoignant d’une histoire qui fut la tienne.

Peau dure mais douce, chaude mais pétrifiée par la vie,

Chair si pliée, si travaillée qu’elle est devenue jupon

Fait de volants et de dentelles admirables.

           Ta peau, enveloppe de ton corps et à la fois lettre parcheminée,

Est froissée d’avoir tant été lue, tant ouverte et refermée,

Mais je ne me lasse pas de revoir tes tendres lignes.

Cette peau, à cause de tous les sourires que tu as commis,

S’est tant plissée, qu’il me semble voir un accordéon

Quand tu me parles, et le son me parvient par ta voix.

 

             Voix rauque coassant comme la rainette verte face à ses têtards,

Filet doux qui se filtre à travers la barrière de tes dents,

Pareil à la brise de printemps se prenant aux frondaisons des arbres.

Tes dents invisibles, mais qui pourtant existent,

Perles aux couleurs des vieilles photos jaunies,

Antiques ornements rares et précieux de ta gorge.

               Celle-ci, à force de voir passer la voix pourtant calme,

S’est érodée comme se fatigue l’écueil affrontant l’écume.

Gorge décharnée à laquelle pend un lambeau fin et lourd,

Aile unique de chair qui frémit à ton faible pépiement,

Car tu es bien un oiseau,

Pour avoir ce chant rempli d’Histoire et ce regard vif.

 

               Tes yeux, qui se sont enfoncés dans les méandres de ta chair,

N’en sont devenus que plus brillants,

Et leur éclat de jeunesse traverse ton âge tel la vérité survolant les siècles.

Globes semblables à la terre vieille,

Ils roulent comme des galets dans les fonds marins,

Et changent de lumière quand ton front soucieux se plisse.

             Front adoré que l’on embrasse avec respect.

Les astres y ont inscrit des signes que les sages déchiffrent

De la même manière qu’ils déchiffrent un vieux grimoire runique.

Mais mon amour vaut tous les sages,

Et je lis sur ce bombement ta vie

Dont les riches expériences t’ont apporté le savoir de l’Ancien.

Et je répète les phrases que tes traits me disent,

Et ma voix parvient à tes oreilles.

 

             Ces pavillons sereins, qui ont recueilli ta sagesse,

Ne cessent d’écouter le monde, toujours en quête de savoir,

Coquillages de curiosité autour desquels s’enroulent tes mèches rêches.

Tes cheveux, algues grises presque immobiles,

Semblent être des fossiles figés à jamais dans la cendre.

Fils usés, ils encadrent ton visage souriant.

             Car même si cela te ride encore plus,

Tu nous offres les preuves de ta joie et le son de ta gaieté.

Cette douce mélodie et cette chaude image donnent un spectacle

Où ton minois est l’acteur principal.

Tableau réconfortant que la vision d’une chère ancienne!

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Publié dans Le Temps

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F
Joli...Bonne fin de week-end
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M
Merci! Bonne fin de week-end aussi! (bientôt les vacances! Courage!) :-)
Y
Ce poeme fut un beaute' tout a` le meme. Tres mouvant et unique. Vraiment. Salut! <br /> <br />                                       yvelines Le Chateau Demoiselle
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M
Merci beaucoup, ce commentaire me va droit au coeur! Salut aussi!