S'il m'arrivait un jour d'être vieille
S’il m’arrivait un jour d’être vieille
S’il m’arrivait un jour d’être vieille
Je resterais devant la fenêtre à regarder la course du soleil
Je resterais baignée de rayons
Jusqu’à ce que je doive préparer mon bouillon
J’aurais un chat qui s’appellerait Mistigri
Il dormirait avec moi dans le lit
Et chaque jour je lui donnerais
Du bon blanc de poulet
Je verrais mes petits enfants chaque samedi
Où le temps serait gris
Ensemble nous parlerions
Mais jamais nous ne nous comprendrions
Ils écouteraient mes histoires sans passion
Moi les leurs avec incompréhension
Tous les autres jours je serais seule
Abandonnée au milieu de mes meubles
Je m’achèterais un téléviseur
Pour faire passer les heures
À force de rester enfermée
Je deviendrais grosse et fâchée
Mon chat finirait par mourir
Et moi aussi finirais par finir
S’il m’arrivait un jour d’être vieille
Je pourrais aussi porter des robes et des grosses boucles d’oreilles
Des grands chapeaux de sorcières
Ressemblant à ceux des mes arrière arrière-grand-mères
J’habiterais un immense château
Au près d’un petit cours d’eau
J’obtiendrais un fier destrier
Qui ne ferait que brouter
J’organiserais des fêtes somptueuses
Et les tenues des invités seraient pompeuses
Je serais pour mes proches une excentrique
Mais de loin je serais la plus chic
Je replongerais dans mon arbre généalogique
Et aurais des vêtements magnifiques
J’arborerais les bijoux d’or et de diamants
Que jamais ne mettait Maman
Je dilapiderais à coup de bals mon héritage
Sans me soucier pour mes héritiers du partage
Un beau jour je mourrais
Au Panthéon je me ferais enterrer
Ma famille entière j’aurais ruinée
Mais mes folies j’aurais réalisées
S’il m’arrivait un jour d’être vieille
Je resterais toujours en éveil
Jamais je n’aurais sommeil
J’utiliserais entièrement ma carte vermeil
Je ferais le tour du monde
Et irais au-delà de la mappemonde
Du haut de la pleine lune
J’observerais le mouvement des dunes
J’aurais de nombreux soupirants
Et j’en changerais à tout bout de champ
Je vendrais tous mes appartements
Et vivrais avec le vent
Chez mes enfants ce serait la consternation
Chez mes petits-enfants l’humiliation
J’entretiendrais mon corps
En pratiquant chaque jour un différent sport
Je participerais à des compétitions
Je rencontrerais de grands champions
D’un arrêt du cœur subitement je mourrais
Tous une personne jeune regretteraient
Mais moi heureuse tellement
De ne pas avoir connu ni la folie ni le délabrement
Mais s’il m’arrivait un jour d’être vieille
Je pourrais être une gentille dame dure d’oreille
Je préparerais de la confiture d’abricots
De mes recettes consentirais à dire un mot
Je verrais à des réunions familiales tous mes enfants
Ainsi que leurs nombreux descendants
De ces derniers le nom je connaîtrais
Ainsi que leur anniversaire je retiendrais
À celui qui me demanderait j’avouerais mon passé
Mes secrets de cuisine j’expliquerais
Je donnerais des conseils et non des sermons
Je n’essaierais pas que l’on retienne mes leçons
J’essaierais de m’adapter à la société
En acquérant les dernières nouveautés
Sans pour autant être grotesque
Car je resterais toujours un peu pittoresque
Têtue parfois je me montrerais
Alors les autres en riraient
Non pas par moquerie
Mais parce que je les aurais attendris
Je mourrais alors en paix
Après une vie d’amour et de complicité
S’il m’arrivait un jour d’être vieille…