Nostalgie
Nostalgie
Dis-moi, ne pouvons-nous pas retourner aux heurs d‘antan
Et à ces chimères éthérées de nos jeux d‘enfant?
En ces temps où il suffisait de dire «je suis» pour être
En ces moments où de la vaste cour nous étions les maîtres
En ces instants où les morts se relevaient à la fin du jeu
En ces heures où notre regard pétrissait l‘air à l’instar de Dieu
Pour donner vie au fidèle destrier la veille rêvé
Ces secondes, Ô dis, ne pouvons-nous plus les retrouver?
Dis-moi, ne pouvons-nous pas croire que les grands
Demeureront toujours de notre paix les fervents garants?
Ces immuables protecteurs qui étaient toujours là pour nous sauver
Ces héros qui toujours notre vie amélioraient
Ces sages qui faisaient triompher l’éternelle raison
Ces immortels qui à chaque chose trouvaient une solution
Et qui vivaient inébranlables et constants par leurs pouvoirs
Ces modèles, Ô dis, ne pouvons-nous plus ainsi les percevoir?
Dis-moi, ne pouvons-nous pas aux matures soucis
Échapper comme la timide et frêle souris?
Ignorer le lourd sacerdoce de la vie argentée
Ignorer les relations déchirantes et compliquées
Ignorer le sort qui impitoyable nous attend
Ignorer des adultes les incessants déchirements
Et du triste monde les affres qui nous font pleurer
Cette indifférence, Ô dis, ne pouvons-nous plus la conserver?
Dis-moi, où est passé cet âge des aubes chéries?
Dis-moi, vers quels lieux a-t-il fui?
Cet âge où la cruauté paraissait sous ses primitifs attraits
Et non sous l‘aile noire de la sincère amitié
Cet âge où l‘amour était une arcane exotique et prohibée
Et non la plus crue et la plus indifférente des banalités
Cet âge où le jugement était soit noir soit blanc
Et non cet immense arc-en-ciel indécent
Cet âge où par des dieux nous étions de l‘arachnéenne vie préservés
Et non exposés par des hommes pris dans ses indémêlables filets
Cet âge, Ô dis, fait de pur égoïsme plaqué d‘or
Pourquoi ne pouvons-nous plus le revivre encor?